Ma bien aimée,
Je pense que la fin est proche (ou plutôt le commencement, si toutes nos conjectures métaphysiques se révèlent exactes) et j'ai tant de choses à dire.
Il y a dix-neuf ans que nous vivons ensemble, plus d'années que tu n'en comptais le jour où nous nous sommes mariés... toute une vie, mon cher amour. Une vie de communion joyeuse quant à moi. Une vie remplie de tout se qu'un homme peut espérer trouver en une épouse et amie.
Mais en ce qui te concerne, tu as eu beaucoup à supporter _ cette peur de la misère qui ne t'a jamais quitée (crois-tu que je ne m'en sois jamais aperçu ?)... le désir que tu avais de me voir écrire plus et militer moins... les terrreurs que tu ressentais chaque fois que le Fraternité me chargeait d'une mission. Je le savais, je l'ai toujours su. Pourtant, jusqu'à cette heure, il me semblait que le chemin suivit était le bon et qu'en m'efforcant d'être fidèle à mes idéaux je t'étais fidèle à toi aussi. N'était-ce que pour satisfaire ma conscience ? Cette nuit, je me le demande ma femme chérie.
Quand je récapitule toutes ces années de patience, de courage et de souffrances, je me dis que j'ai fait fausse route. J'aurais dû fuir avec toi pendant qu'il en était encore temps _ vers un pays assez éloigné de l'Irlande pour que nous y trouvions la paix. J'aurais passé mes jours à t'écrire des chants d'amour, à toi, ma beauté, mon amie, mon aimée. Et ces poèmes nous auraient rendus tous deux immortels.
Je sais qu'en mourant j'aurai la meilleure part. Vivre sans ce que nous avons connu ensemble est bien pire que la mort. Pardonne-moi, ma tendresse, de te laisser affronter le monde toute seule.
Mille souvenirs de toi affluent dans ma mémoire, des souvenirs trop sacrés pour les confier à un papier accessible à des geôliers grossiers qui pourraient les profaner. Mais tu sais de quels souvenirs je veux parler. Je voudais que tu sache aussi à quel point ils me soutiennenten ces heures tragiques.
Comment exprimer l'intensité de l'amour que j'ai éprouvé pour toi dès l'instant où je t'ai vu dans ma chaumière.
Je te trouvais trop parfaite pour être réelle. Que de fois pendant ces années je me suis émerveillé de la bonté de Dieu qui t'avait envoyée à moi. Tu es et tu as toujours été mon souffle de vie. Un jour, nous avons parlé de l'autre rive et de l'endroit où nous nous retrouverions à l'ombre du grand arbre touffu. Je pars le premier pour te préparer la voie. Viens me rejoindre quand tu le pourras. Je ne serais jamais loin de toi, ma bien aimée.
Il se remit à écrire avec frénésie, noircissant les feuillets de son écriture nette.
Quand il eut fini, il relut le tout et nota en haut de la première page :
Je pense que la fin est proche (ou plutôt le commencement, si toutes nos conjectures métaphysiques se révèlent exactes) et j'ai tant de choses à dire.
Il y a dix-neuf ans que nous vivons ensemble, plus d'années que tu n'en comptais le jour où nous nous sommes mariés... toute une vie, mon cher amour. Une vie de communion joyeuse quant à moi. Une vie remplie de tout se qu'un homme peut espérer trouver en une épouse et amie.
Mais en ce qui te concerne, tu as eu beaucoup à supporter _ cette peur de la misère qui ne t'a jamais quitée (crois-tu que je ne m'en sois jamais aperçu ?)... le désir que tu avais de me voir écrire plus et militer moins... les terrreurs que tu ressentais chaque fois que le Fraternité me chargeait d'une mission. Je le savais, je l'ai toujours su. Pourtant, jusqu'à cette heure, il me semblait que le chemin suivit était le bon et qu'en m'efforcant d'être fidèle à mes idéaux je t'étais fidèle à toi aussi. N'était-ce que pour satisfaire ma conscience ? Cette nuit, je me le demande ma femme chérie.
Quand je récapitule toutes ces années de patience, de courage et de souffrances, je me dis que j'ai fait fausse route. J'aurais dû fuir avec toi pendant qu'il en était encore temps _ vers un pays assez éloigné de l'Irlande pour que nous y trouvions la paix. J'aurais passé mes jours à t'écrire des chants d'amour, à toi, ma beauté, mon amie, mon aimée. Et ces poèmes nous auraient rendus tous deux immortels.
Je sais qu'en mourant j'aurai la meilleure part. Vivre sans ce que nous avons connu ensemble est bien pire que la mort. Pardonne-moi, ma tendresse, de te laisser affronter le monde toute seule.
Mille souvenirs de toi affluent dans ma mémoire, des souvenirs trop sacrés pour les confier à un papier accessible à des geôliers grossiers qui pourraient les profaner. Mais tu sais de quels souvenirs je veux parler. Je voudais que tu sache aussi à quel point ils me soutiennenten ces heures tragiques.
Comment exprimer l'intensité de l'amour que j'ai éprouvé pour toi dès l'instant où je t'ai vu dans ma chaumière.
Je te trouvais trop parfaite pour être réelle. Que de fois pendant ces années je me suis émerveillé de la bonté de Dieu qui t'avait envoyée à moi. Tu es et tu as toujours été mon souffle de vie. Un jour, nous avons parlé de l'autre rive et de l'endroit où nous nous retrouverions à l'ombre du grand arbre touffu. Je pars le premier pour te préparer la voie. Viens me rejoindre quand tu le pourras. Je ne serais jamais loin de toi, ma bien aimée.
Tierney.
Il se remit à écrire avec frénésie, noircissant les feuillets de son écriture nette.
Quand il eut fini, il relut le tout et nota en haut de la première page :
CHANT D' AMOUR POUR UNE LYRE REBELLE
12 avril 1916
12 avril 1916
L'Irlandaise _
Cathy Cash Spellman
Cathy Cash Spellman